samedi, novembre 28, 2020
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Sankow Studio redonne à l’artisanat Kongo sa place dans le quotidien

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Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de Congo Media Time, Kabou Boumpoutou fondatrice de Sankow Studio nous livre tous les secrets de son univers boisé, et de son projet rétrograde et avant gardiste de conception d’objets du quotidien à base de matière nobles comme le bois, le bronze entre autres.

Kabou crée Sankow Studio en 2018, un projet dont la philosophie, basée sur le partage et l’histoire, a forgé l’ADN de la marque de la jeune créatrice. 

« Sankow vient de “Sān”, le chiffre trois, et “kōu”, la bouche en mandarin, l’idée c’est de rassembler “trois bouches” autour de chaque objet. D’un côté l’artisan, de l’autre la personne qui achète l’objet et nous au milieu. On part avec un dessin, une histoire, l’artisan la retranscrit, ensuite c’est à vous de voir ce que vous voulez faire avec cet objet et continuer l’histoire », détaille Kabou.

Ambitieuse et passionnée, elle souhaite valoriser les matériaux locaux ,le bois et le bronze notamment, et redonner aux ustensiles issus du travail du bois leur utilité d’antan. 

« Tous les objets en bois que l’on voit au Congo sont perçus comme des objets d’art, des objets décoratifs, (masques, statues,…). C’est presque oublier la manière dont le bois était utilisé par nos ancêtres. Le bois, le raphia, la céramique, ce sont des objets que l’on utilise depuis le 15e siècle dans le royaume Kongo. Les masques par exemple n’étaient pas des objets décoratifs, ils avaient une fonction, une utilité. », assure-t-elle.

Sa clientèle composée de voyageurs à la recherche de souvenirs du Congo, de nostalgiques qui se remémorent la vie dans l’hinterland congolais d’antan, et de connaisseurs à la recherche du bois précieux le Wengé, plus connu sous l’appellation de bois de fer, qu’elle travaille principalement. 

Environ 60% de sa clientèle est constituée d’expatriés et 40% de locaux, une tendance que Kabou aimerait voir évoluer, en intéressant davantage de congolais.

Jeune femme dans un milieu dominé par les hommes, Kabou raconte avec ironie les difficultés qu’elle a rencontré pour asseoir des collaborations avec les artisans locaux. « Les artisans se sont souvent des hommes, plus âgés, donc quand j’arrive, gamine avec un accent occidental, ils ont plein d’aprioris sur moi, et il y a beaucoup de méfiance », nous confie-t-elle

Des challenges qu’elle a su surmonter pour constituer aujourd’hui un réseau de « collaborateurs » avec qui, elle a bâti une relation de confiance et de proximité.

La proximité, Kabou la développe également avec ses clients à qui elle explique volontier l’origine du bois, ses spécificités, l’entretien et surtout ses prix qui traduisent les défis permanents qui s’imposent au travail d’un matériaux vivant comme le bois. « C’est le bois qui décide de ce que tu pourras faire. Souvent on va acheter du bois, on va l’ouvrir, et on va se rendre compte qu’il est exploitable et parfois, on va même en tirer plus de forme que prévu, dans ce cas tout le monde est content. Et d’autre fois on va débiter le bois et il sera “pourri”, on ne pourra rien en faire, dans ce cas là on fait une perte sèche », décrit-elle.

La crise sanitaire qui a, comme pour l’ensemble des acteurs du tissu économique congolais, impacté les activités de Sankow Studio, a multiplié les challenges logistiques de l’entreprise.

Le Wengé, qui est un bois rare, explique Kabou, lui offre des options d’approvisionnement limitées. Avec la fermeture des frontières locales et internationales suite au confinement, toute l’activité a dû se limiter à Pointe-Noire où elle est basée. Des restrictions qui ont selon elle, permis aux consommateurs congolais de se remettre en question et de porter un regard différent sur les produits made in Congo. 

En dépit de tous ces aléas, la jeune entreprise positive, elle a adopté un modèle de distribution « pop up » qui s’appui sur des enseignes de vente de produits artisanaux de renom à Pointe-Noire et vise déjà Brazzaville où la demande est de plus en plus importante. Elle a également un forte présence sur les réseaux sociaux Facebook ou Instagram et peut également être contactée par téléphone e-mail.

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