dimanche, juillet 25, 2021
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Interview : Le leadership de la femme congolaise à l’épreuve avec « Mwassi Boss »

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Nous avons échangé avec Prodiges Saint-Auffret, « La petite fille de Ouenzé » dont la biographie sur Twitter ne révèle pas toute la personnalité. Une ruse, sans doute, de la part de la « Championne du Net » qui ne se laisse lire comme dans un livre ouvert, qu’à travers son ouvrage « Mwassi Boss » qui aborde la question du leadership chez la femme.

1. Faites une présentation de vous 

« Je suis Prodiges Saint-Auffret, femme passionnée et engagée. J’ai écrit le livre « Mwassi Boss » pour montrer aux jeunes (aux femmes en particulier), qu’on peut tout accomplir dans la vie, si on est déterminé et qu’on abandonne jamais. Puis j’ai lancé le programme d’éducation pour filles « La petite fille de Ouenzé ». Et depuis trois ans, je pilote la plate-forme « Championnes du Net », qui fait la promotion du numérique chez les jeunes. »

2. Vous faites régulièrement des constats, vous lancer des alertes sur des faits représentatifs du statut de la femme au Congo. Quel bilan faites-vous de la situation des femmes au Congo en 2020 ?

« Je vais essayer de faire le bilan en prenant le cas de ma mère. Celle-ci pense que le plus important c’est de trouver un bon époux et de fonder une famille. Si l’occasion se présente, avoir un bon boulot aussi avec un salaire intéressant, pour pouvoir maintenir un style de vie réjouissant. Si l’occasion ne se présente pas, pas grave, du moment où je suis déjà l’épouse d’un homme capable de prendre très bien soin de moi et de nos enfants. Ma mère c’est le mélange de la congolaise d’avant et de celle d’aujourd’hui. Donc bilan, les mentalités ont évolué, mais les vieilles habitudes sont toujours très présentes. Aujourd’hui, pratiquement toutes les femmes veulent faire quelque chose (un boulot, un commerce,…), mais ce n’est qu’une option, la priorité reste le mariage. »

3. Vous considérez-vous comme étant une féministe et quelle définition faites-vous de ce mouvement ?

« Je pense que l’homme et la femme sont égaux, mais que l’homme est le chef. Désolée, plusieurs féministes vont me tomber dessus. Bien après, chacun sa définition du « chef ». Comme je l’explique dans le livre « Mwassi Boss » , dans une salle de classe, tous les élèves sont égaux, mais il y a un chef de classe pour éviter le désordre. Ça ne veut pas dire qu’il est supérieur, non. Juste qu’il a reçu mandat de défendre nos intérêts lorsque nous ne pourrons pas le faire nous-mêmes. Le Chef de classe n’a pas pour rôle d’écraser ses collègues ou d’abuser de son pouvoir. Non, ils les représente et les sert. Et eux en retour l’honorent. »

4. Depuis le début de votre engagement, s’il y a une chose importante que vous avez l’impression d’avoir fait bouger, quelle est-elle?

« J’ai quitté le Cabinet où je travaillais depuis fin 2014, afin de me focaliser sur une autre façon d’aider les femmes. Mais mon engagement a vraiment pris forme en 2019, lorsque j’ai sorti « Mwassi Boss » et lancé « La Petite Fille de Ouenzé ». Depuis 3 ans avec « Championnes du Net » plusieurs ont été formées, et avec « Mwassi Boss » les mentalités ont changé. Aujourd’hui, je vois de plus en plus de jeunes filles se battre pour s’affirmer en tant que femmes. Plusieurs viennent avec des idées et repartent avec des projets. Y en a qui démarrent petit et qui grandissent très vite. Depuis que je scande haut et fort #LaPetiteFilleDeOuenzé en affirmant fièrement mon appartenance à un « bas quartier », plusieurs ont été décomplexés. Je vois des jeunes filles et même garçons scander à leur tour le nom du quartier populaire d’où ils viennent. Donc il y a un mouvement qui se fait tout doucement. Ça prendra le temps que ça prendra, mais les choses finiront par changer. »

5. Quelles sont les rencontres, les lieux visités au travers de votre engagement qui vous rendent fier ?

« Jusqu’ici j’ai pas mal voyagé. J’ai fait tous les continents sauf l’Océanie, et j’espère y aller très bientôt, peut-être l’année prochaine. Je suis fière à chaque fois que j’effectue un voyage quelconque, peu importe la destination, quand cela se fait grâce à mon engagement social, car très souvent, les invitations viennent de personnes que je ne connais pas personnellement et qui m’ont connu sur les réseaux sociaux. Parfois, lors de mes voyages dans ces pays, je suis emmenée à rencontrer des Ministres, Ambassadeurs, Députés, et autres, qui me serrent la main comme si j’étais Oprah, alors que je ne suis que #LaPetiteFilleDeOuenzé. C’est fou, c’est drôle, car je suis vraiment partie de rien. »

6. Des projets à venir ?

« Mon projet actuellement est de terminer ma formation pour prêter serment et avoir le droit d’exercer en tant qu’Avocate. Cela fait 5 ans que je le reporte mais cette année faut que j’en finisse. Il ne me reste plus que quelques mois. C’est ma seule priorité actuellement. Bien évidemment, « La petite fille de Ouenzé », « Championnes du Net », « Mwassi Boss » portent chacun des projets qui je l’espère se concrétiseront d’ici la fin de l’année. »

Un mot de fin. Quel message adressez-vous aux jeunes femmes en particulier ou aux femmes en général.

« Alors, un message aux femmes? Faire le ménage, changer les couches, élever des enfants, prendre soin de votre époux, c’est bien, vraiment bien. Mais concevoir un projet, se battre pour qu’il voie le jour, et l’emmener à la réussite, c’est vraiment quelque chose d’ incroyable! Il n’y a rien de plus excitant que de découvrir ce pour quoi on existe et de vivre chaque jour en accomplissant cette chose. Ça donne du sens à la vie, d’avoir un boulot, et de gravir les échelons jusqu’à atteindre le sommet dignement. Bref, je vous souhaite d’avoir une passion et une vie passionnée. »

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